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Face au Covid-19, ces pays qui se mobilisent pour les autres

Rédaction

La crise sanitaire du Covid-19 n’a pas connu de frontières. Si les pays de l’hémisphère nord semblent voir le bout du tunnel en entamant leur déconfinement, la pandémie redouble actuellement d’intensité dans les pays du sud. Face à cette situation, des pays ont choisi d’apporter leur aide aux plus faibles, avec du matériel médical ou des transferts de compétence.

Les statistiques mondiales donnent le tournis. Avec près de 9 millions de cas confirmés – probablement plus en réalité – et la barre des 500000 morts à l’horizon, la pandémie du Covid-19 est encore en train de faire des ravages. Si les journaux font leurs gros titres sur le Brésil ou les Etats-Unis, des petits pays – moins riches – sont eux aussi touchés de plein fouet par cette crise sanitaire sans précédent. Pour y faire face, ils peuvent compter sur la solidarité internationale, et sur quelques pays qui ont fait de l’aide extérieure un vecteur de diplomatie positive. Coups de projecteur sur quelques-uns d’entre eux.
 

La Chine : à l'origine du virus, et à la pointe du combat contre celui-ci

Tout est parti de la Chine il y a plus de 6 mois, dans la région de Wuhan. Premier pays touché par la pandémie, l’empire du milieu a aussi été le premier à entamer son déconfinement et à remettre en route le secteur du fret aérien. Après avoir été montré du doigt pour son manque de transparence, Pékin a choisi de passer à l’offensive en proposant son aide à de très nombreux pays – dont la France – pour l’envoi de matériel et le partage d’expérience, dès le mois de mars dernier. « Tout en poursuivant notre travail de prévention en Chine, nous fournirons, dans la limite de nos capacités, un soutien aux pays étrangers », avait alors affirmé le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian. En mars, la Chine a par exemple envoyé en Iran – l’un des pays les plus touchés au monde – 5000 kits de dépistage, 250000 masques ainsi qu’une équipe d’experts.

« Alors que le virus régresse sur son territoire, la Chine s’engage dans une stratégie internationale, expliquait Barthélemy Courmont, responsable du pôle Asie-Pacifique à l’Institut des relations stratégiques et internationales (Iris), au micro de LCI en avril dernier. Il s’agit de montrer que la Chine a les clés pour aider les autres pays. Il est désormais possible de lui acheter du matériel. La Chine est le seul pays vraiment capable d’apporter une assistance aux pays qui en ont besoin. Elle vient de le faire auprès de 54 pays africains. » Une manière de faire de la politique en faisant de l’humanitaire : Pékin joue la carte de la diplomatie pour faire oublier sa gestion initiale de la crise du Covid-19.
 

Le Maroc : priorité à l’Afrique

A Rabat, la stratégie d’aide a été directement décidée par le roi Mohammed VI. Vingt-cinq pays d’Afrique sub-saharienne sont en train de voir arriver une aide directe du Maroc, 100% fabrication locale comme l’a spécifié l’OMS à tous les pays donateurs. Dès le début de la crise sanitaire, le royaume marocain a été l’un des premiers pays au monde à mettre en place des mesures de confinement et de désinfection généralisées, convertissant en outre massivement ses usines du secteur textile en usines de fabrication de masques.

Quelque 8 millions de masques, 900000 visières de protection, 600000 charlottes, 60000 blouses médicales, 30000 litres de gel hydroalcoolique, 75000 boîtes de chloroquine et 15000 boîtes d’azithromycine ont ainsi été envoyés par avion aux pays destinataires, comme la Mauritanie, le Sénégal, l’Angola, le Niger, le Congo, le Burkina Faso, la Guinée ou encore Djibouti et l’Eswatini (ex-Swaziland) à l’autre bout du continent. « Cette aide vise à fournir du matériel médical préventif, afin d’accompagner les pays africains frères dans leurs efforts de lutte contre la pandémie du Covid-19 », a précisé le ministère marocain de la Santé. « Le don extrêmement important que le roi a bien voulu faire pour le Sénégal dans le cadre de la riposte contre le Covid-19 est l’expression d’une grande solidarité et d’une fraternité, mais surtout de l’amitié liant nos deux peuples », s’est réjoui le ministre sénégalais de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr. En ces temps de crise, l’Afrique se serre donc les coudes.
 

L’Azerbaïdjan : touché, mais solidaire

A Bakou, l’épidémie connaît actuellement un rebond, les autorités ont donc immédiatement procédé au reconfinement et à la fermeture des lieux publics, jusqu’au 1er août. Sur le terrain, le bilan de l’Azerbaïdjan (seulement 154 morts) plaide en faveur de la politique généralisée d’hospitalisation des cas déclarés sur son territoire. « L’une des raisons du faible nombre de décès dus au coronavirus en Azerbaïdjan est liée au fait que tous les patients infectés sont admis dans des établissements médicaux, où ils reçoivent le traitement nécessaire », a expliqué début juin le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev. Une politique qui a permis à l’Azerbaïdjan de reporter certaines capacités vers d’autres pays, moins bien équipés. Le rebond actuel n’empêche donc pas le gouvernement de poursuivre sa politique d’aide d’internationale.

Dès le mois de mars, ce pays du Caucase a par exemple participé à la campagne internationale en faveur de son voisin iranien, en partenariat avec plusieurs pays européens ou avec les Emirats Arabes Unis, en finançant à hauteur de 5 millions de dollars l’aide d’urgence à Téhéran. En mai, Bakou a également envoyé une aide massive à l’Ukraine, avec 23 tonnes de matériel médical, incluant 100000 masques, 5000 combinaisons de protection, des thermomètres, des produits désinfectants, etc. « L’Ukraine est profondément reconnaissante à l’Azerbaïdjan pour l’assistance humanitaire reçue, qui est particulièrement précieuse dans cette période difficile pour faire face à la pandémie de coronavirus », a souligné Igor Zhovkva, le directeur adjoint du cabinet du président ukrainien Volodymyr Zelensky, sur le tarmac de l’aéroport international Borystil à Kiev. Plus globalement, au sein du Mouvement des non-alignés (MNA), l’Azerbaïdjan a contribué au financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a reçu de la communauté internationale quelques 530 millions de dollars pour mener à bien la bataille contre le Covid-19. Par ailleurs, le MNA, dont l’Azerbaïdjan assure actuellement la présidence, a porté à l’ONU la proposition d’une session extraordinaire consacrée à la gestion du Covid, dont le principe serait à ce jour accepté par quelque 130 pays.
 

La Turquie : 125 pays assistés

Tout comme l’Azerbaïdjan, la Turquie a volé au secours de l’Iran, mais aussi de pays africains comme le Tchad (pour la deuxième fois en deux mois) ou encore l’Algérie, deux pays qui ont beaucoup de mal à faire face à la pandémie. Mi-juin, un gros porteur a décollé de la base aérienne militaire d’Ankara. « Cet avion turc va acheminer des équipements médicaux – dont une ambulance – préparés par le ministère de la Santé, pour combattre l’épidémie au Tchad, a annoncé le ministre de la Défense turc, Hulusi Akar. Après une phase de désespoir, l’espoir renaît. Ce don est un geste d’amitié et de bonne volonté à l’égard de la république tchadienne. » Si l’État turc se mobilise, de grandes entreprises privées mettent également la main à la poche. Un peu plus tôt, en mai, la principale société pharmaceutique turque, Abdi Ibrahim, a fait un don direct de 100000 comprimés de phosphate de chloroquine en faveur d’Alger. « Cette aide constitue un service pour l’humanité, estime Nezoh Barut, le président de l’entreprise. Le monde surmontera ces jours difficiles avec un esprit d’unité et de solidarité. »

Depuis le début de la crise sanitaire, la Turquie – acteurs publics et privés confondus – est venue en aide à plus de cent vingt pays à travers le monde, y compris des pays industrialisés comme la Grande-Bretagne, l’Italie ou l’Espagne, faisant d’elle le troisième plus grand fournisseur d’aide médicale au monde.