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Le mythe du Golem, où les raisons du succès éditorial de la pensée « crépusculaire » de Juan Branco.

Sébastien Boussois, Mustapha Saha et Julien Tardif

Ce n’est pas tant la forme emprunte aux mécaniques du pouvoir asymétrique du harcèlement moral, une des armes des lésés, (Francis Chateaureynaud) qui nous inspire dans ce livre, mais davantage le fond, un cas d’école pour remettre le métier à tisser sur l’ « illusion biographique » décrite par Pierre Bourdieu !

Ou comment écrire sur la raison du coeur et la justesse des humbles, devant la pandémie de la plainte justifiée. Plainte colérique face à la montée du coup de la vie, face à la précarisation galopante du marché de l’emploi dans le public et le privé, face à une transition énergétique dont les « gens de peu » (Pierre Sansot) ne veulent plus supporter la charge financière. C’est à se demander comment le pouvoir politique a pu en arriver à un tel niveau d’amateurisme dans son laboratoire d’expérimentation des souffrances qu’un peuple peu légitimement endurer. 

Si le « deceptisme » du Premier des ministres français est d’une habileté sans faille en communication politique, il n’a plus la capacité d’observance politique de refermer les plaies béantes. Plaies du déclinisme de la moyennisation inévitable des niveaux de vie et de l’acceptation tout aussi inévitable du creuset mondial des inégalités de fortune et d’infortune comme horizon cognitif de l’economie immorale du XXIe siècle. Là est le constat partagé par quelques observateurs illuminés qui s’y sont déjà résolus, face à une majorité d’observateurs crédules du mouvement des gilets jaunes qui ne font que rabâcher la légitimé des revendications. Pour autant ils en ourdissent les mêmes fins dans leurs mentalités bourgeoises et mondaines de l’indifférence, si bien anticipée par Georges Simmel au début du XXe siècle en jetant les bases épistémologiques de nos disciplines et de la spécialisation des enquêtes d’anthropologies urbaines. Enquête aux croisées des sciences sociales et cognitives, annonçant l’ère des mégalopoles et des problématiques de l’exode rural, des effets de la désindustrialisation, et aujourd’hui des migrations forcées, avec tous les problèmes sociaux et moraux qui s’en suivent.

Comme l’anticipait Georges Simmel une sociologie de la grammaire sociale des plus classiques (sans la force d’une grammaire morale de la dénonciation), sur la légitimité des revendications, ne donnerait en soi aucun poids à cet ouvrage ni à l’empirisme ethnographique d’un mouvement social, quel qu’il soit. Perspective de recherche-action qui a conquis la nécessité d’une approche trans disciplinaire et interprofessionnelle de longue date.

Le cas de la perturbation dans la communication politique du pouvoir de l’incendie de Notre Dame de Paris et du scandale de l’injonction « marcher vers Notre Dame » pour un énième samedi de revendication, le démontre sans artifice. Architectes, théologiens, chercheurs en sciences sociales, géopolitistes, spécialistes de la sûreté publique, enquêteurs de police et monde judiciaires, éditorialistes et médias, acteurs des ONG, sans oublier le commentaire du quidam sur « on en fait trop » ou pas assez autour de ces milliards promis à la restauration du parangon patrimonial de notre identité. Ils sont tous au chevet de Notre Dame, mais quid des attentes des gilets jaunes et de la fraction croissante de la population française devant l’épidémie de la précarité, qui franchit les classes sociales allègrement désormais ?

Nous sommes tous rappelés à éviter l’écueil de la patrimonialisation des œuvres humaines, comme le rappel a juste titre l’anthropologue Christian Bromberger dans sa critique de cette lecture fossilisatrice de la mission mondiale de sauvegarde du patrimoine par L’UNESCO. L’erreur serait de ne plus voir le présent dans sa force agissante, de ne plus rien comprendre aux mutations à l’œuvre, et ainsi de se focaliser à tort sur le drame de la destruction de l’œuvre. Drame social qu’il faudrait figer dans un temps spatio-temporel chimérique.

Enquêter sur la mentalité de la culture urbaine reste une approche heuristique et féconde. Mais comment le faire sur le mouvement des gilets jaunes et la dénonciation des violences policières dont l’affaire dans l’affaire du CHU de la « Pitié Salpetrière » du 1er mai dernier en démontre l’objectivité* ?

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